Voir le sens

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Souvent, je suis très frustré lorsqu’un participant d’un groupe de travail qui se réunit régulièrement une fois par semaine, manque une session, ou bien lorsque un nouveau membre rejoint le groupe déjà formé.
Il faut alors reprendre, voire rétro pédaler. C’est encore plus flagrant lorsque le nouveau participant a une culture différente.
Pas vous ?

Et Pourquoi ?

Car le groupe crée du sens au fur et à mesure qu’il avance, (cette fameuse intelligence collective dont tout le monde parle), et ce sens est implicite.
Parce qu’il est implicite, il n’est pas partageable souvent même pas explicité parmi les participants, a fortiori pas formalisé.
Une bonne session de post-it aide à formaliser (forme-aliser : donner forme), mais n’avez-vous jamais été frustré face à « l’impossibilité » de rendre la richesse d’une session post-it dans un écrit synthétique ? Je trouve le rendu tout plat par rapport à la session.

Et Alors ?

Je vais vous partager une technique qui m’a bien aidé pour expliciter le sens, pouvoir le partager, et permettre aussi aux membres du groupe de réagir très vite et de manière bienveillante lorsqu’une « discussion » émerge.
Qui plus est, cela m’a permis d’enfin pouvoir faire des compte rendu de session de réflexion, qui ne se résument pas à une triviale liste d’actions. Sur des sujets non triviaux (complexe) ça m’apparait particulièrement important .

Le (bon) sens , c est quoi ?

l’idée de base est simple :

écrire les pensées, et les étiqueter

les étiquettes seront :

fait observable-donnée, signification, hypothèse, conclusions inférée, croyances, actions.

C est à dire :

Faits -> sens –> action

Car nos actions proviennent de nos croyances, qui sont des conclusions que nous avons inférée à partir d’hypothèses, tirée de significations basée sur les faits observés ou données.
Ou, dit autrement, Sur base des (d)onnées, de faits observables, nous créons du sens :
nous filtrons les faits puis créons une (s)ignification, et à partir d'(h)ypothèses basées sur notre expérience passée, nous allons (i)nférer des conclusions , qui formeront les (c)royances que nous adoptons sur le monde. Nous déciderons de nos (a)ctions à partir de ces (c)royances.
Pratiquement, voici une exemple du début de cet article:

Explicit1

lui meme provenant d’un premier brainstorming pour clarifier les pensées complexes:

Explicit2

pourquoi ça marche ?

en fait, et c’est toute l’astuce, seules les (d)onnées et les (a)ctions sont observables donc partageables dans cette liste. tout le reste, le sens créé, est implicite, caché dans nos têtes, et personnel.
Et donc, face aux mêmes faits, les significations que nous tirerons pourront être différentes, a fortiori les hypothèses et conclusions inférées, et donc très naturellement les actions possibles différeront.

Quand je regarde une souris (d) je ne panique pas (i) . Ma femme si. car elle a été attaquée par un rat des champs durant son enfance

sauf que…

Maintenant ce sens, il n’est plus implicite et cachée dans nos tetes, mais écrit sur le papier ou des post-it, et étiquetés avec des (d), (s), (h), (i), (c), (a) .
l’étiquetage permet de rendre à César ce qui appartient à César, de dire explicitement que le sens ((s), (h), (i), (c)) est de l’ordre du personnel, et donc d’inviter à différer, ou de complémenter, et ce de manière bienveillante.

le sens n’est pas vrai ou faux. Il est partagé ou pas . Et il est multiple. Il y a plusieurs sens possibles.

Et donc…

Ce n’est donc plus conflictuel pour les différents participants d’une réunion de rajouter d autres hypothèses et inférences, à celle existant déjà sur le papier. Voir même c est bienvenu, car cela apparaît très clairement comme une contribution supplémentaire, qui enrichit la pensée collective, et ouvre les choix possibles, plutôt qu’un combat de « qui a raison », qui l’amoindrit.

et alors …

si les sessions de travail sont espacées, il devient possible de faire des comptes rendus (simples) de ce qui se trame.
la pensée complexe peut alors se développer, et s’enrichir d’apports extérieurs même.
Il n’y a plus la nécessité de converger de toute force à court terme, sur des actions simplistes, sous l’injonction qu' »il faut délivrer quelque chose ».

Nous élaboreront dans un prochain billet comment la pensée complexe et les injonctions paradoxales (EN: »double bind ») peuvent ainsi être explicitée, et donc denouées.


Inpirations:
– L’échelle D’inference est attribuée à Aryris 82, popularisé par Peter Senge dans les Organisations Apprenantes
– La Structure Liberantes W3 la met en oeuvre
– [2]: La Structure Libérante « Wicked questions » permet de creuser les injonctions paradoxales dans la pensée complexe.


OSHICA:
(o) observations -> (s)ignification-> (h)ypothèses ( basée sur mon expericence) -> (i)nférer des conclusions , -> (c)royances -> (a)ctions
( j’utilise maintenant (O)bservation plutôt que (D)onnée, pour le son de l’acronyme, et le lien à la cnv.)

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Une pensée sur “Voir le sens”

  1. Bonjour Luc
    C’est d’autant plus à propos selon moi d’utiliser (O)bservation plutôt que (D)onnée car ce que nous appelons réalité n’est que ce que le cerveau de chacun a filtré (Cf PNL). Nous ne travaillons donc que très rarement sur la base de (D)onnées 100% objectives mais bien de notre (O)bservation filtrée du monde.

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